Rencontre avec...

Pascale Brichet, créatrice de bijoux et d'objets

Entre ses doigts une perle, un fil de soie, une graine, un coquillage, un fragment de cristal deviennent un bijou unique. Pascale Brichet incarne la liberté de créer. Une magicienne qui assemble, détourne, façonne, crochète, noue autour d’une matière vivante qu’elle respecte infiniment.  Son talent fait de la perle de culture de Tahiti une reine qu’elle porte, en toute simplicité, sur le trône des joyaux de la nature. Un chemin de traverse dont elle nous livre les secrets.

LES REVELATRICES :

Comment quitte-t-on l’univers de la mode et un poste à la direction générale de chez Armani France pour s’envoler vers la Polynésie ?

PASCALE BRICHET :

Grâce à une rencontre... forcément. Celle avec Robert Wan, perlier reconnu comme « l’Empereur de la perle de culture de Tahiti ». Au début des années 2000, en acceptant de l’accompagner pour développer sa marque, j’ai aussi rencontré l’atoll de Marutea, un œil posé au milieu de l’océan turquoise. Et puis surtout, j’ai fait connaissance avec LA Mère des Perles, la nacre aux lèvres noires qui donne naissance aux perles de Tahiti ... Savez-vous d’ailleurs qu’il s’agit de la seule gemme française ?


Une perle, c’est rond. On en a vite fait le tour !
Détrompez-vous, une infime minorité de perles sont parfaitement rondes. En réalité, chacune est unique. Les perles de Tahiti sont avant tout une création de la nature. Même s’il existe une interaction avec l’homme lorsqu’il greffe les nacres, c’est elle qui pendant deux ans, secrètement fabrique la perle. Et comme l’huitre reste lèvres closes pendant tout ce temps, chaque récolte recèle ses surprises.
Les plus rares, les gemmes rondes sont les plus prisées, mais il en existe tant d’autres. En forme de bouton, de demi goutte, cerclées ou encore baroques. Riches de nuances infinies, elles prennent toutes les teintes du lagon, du gris le plus profond au vert paon, en passant par le gold, ou l'aubergine...

En arrivant à Marutea, vous n’aviez pas de formation en joaillerie. N’était-ce pas une folie de vous aventurer dans cet univers très spécifique ?

C’était plutôt une chance ! Entre le ciel et l’océan, j’ai tout appris sur le terrain. Arrivée sur l’atoll en juillet, au moment de la récole et du greffage, j’ai découvert comment on ensemence, élève, récolte et trie les perles. Je n’étais pas prisonnière de la tradition de l’enfilage à nœuds des colliers de perles de nos grands-mères ou de la seule alliance autorisée à l’époque : les figer sur des montures en or.

J’ai ainsi pu poser un regard neuf sur les perles et inventer une nouvelle façon de les porter.

 

Racontez-nous !
Très vite, je me suis intéressée aux perles singulières par leurs formes, leurs dimensions et leurs couleurs. Celles dont on ne savait que faire à cause de leurs « différences » et qui jusque-là n’étaient pas valorisées. Originales et variées, elles m’ont d’autant plus inspiré que je les ai mélangées avec des matières inattendues comme le cuivre ou le laiton brossé, tout en testant des perçages inédits.
En lien avec ma vie d’avant, je les ai faites enfiler sur des soieries ou même sur des fragments de paréos anciens. Le succès a été tel que nos créations se sont retrouvées dans les plus grandes boutiques de mode et sur les défilés de Karl Lagerfeld ou de Lanvin.
Puis, pour ne rien m’interdire, je suis revenue en métropole pour ouvrir mon atelier-galerie à Bayonne, au Pays basque. Toujours au bord de l’océan, mais Atlantique cette fois.


- La perle de Tahiti dans tous ses états -

Quel est le point de départ de vos créations ?
Vous l’avez probablement deviné, je pars toujours de la perle. Parce qu’elle est vivante et unique, c’est la matière qui parle en premier. Sa perfection comme ses imperfections obligent. Une perle parfaite est une matière à créer évidente. Il est plus compliqué de tirer le meilleur d’une gemme atypique et c’est justement ce qui me captive : montrer tout ce que la nature a imaginé.
Dans les créations joaillières classiques, la perle est l’accessoire de la pierre précieuse.  Chez moi c’est l’inverse. Elle est la reine. Et lorsque que pierre il y a, c’est juste pour mettre la perle en valeur.

A quoi reconnait-on vos créations, quelle est votre « patte » ?

Mes collections désacralisent la perle, elles la sortent des occasions particulières. Démocratiques et mixtes, mes créations se portent seules ou comme un accessoire, mélangées à d’autres bijoux, pour sortir ou bien pour faire du sport, que l’on soit une femme ou un homme.

J’aime que les perles soient libres, mobiles et non pas mises en cage avec des griffes ou cloisonnées par des nœuds. Cela m’a conduit à développer pour elles des techniques inédites. Ainsi le crochet permet aux perles de bouger sur des fils de soie, elles peuvent aussi tourner sur l’axe d’une bague, glisser sur un câble de cuir ou venir le rebroder, se mêler au tressage d’un textile, autant de façons ludiques de les porter. Et puis elles dialoguent merveilleusement avec d’autres matières issues de la nature : graines tahitiennes de différents palmiers ou de fleurs de cana, perles de corail de bambou, d’améthyste, d’amazonite, de quartz et de rubis roses, etc.  Les perles de la mer rencontrent alors celles de la terre.


Vous lasserez-vous un jour de créer autour des perles de Tahiti ?
Parce qu’elles sont vivantes et recèlent d’infinies variations, à mon sens c’est impossible. Elles concentrent toute l’énergie du Pacifique. Ce sont elles qui donnent le rythme à la création. Je les magnifie en les respectant. Faire de la perle un joyau simple : voilà probablement le fil conducteur de mes créations... ce qui n’est pas si simple ☺.

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"Maumururu roa" (merci beaucoup en tahitien) à Pascale Brichet pour ce voyage immobile au pays des Perles.

Un grand coup de chapeau (ou de béret basque :)
à Servane Etchegaray - Artekoa pour ses magnifiques images.

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Commentaires: 2
  • #1

    Robert Borel (vendredi, 24 juillet 2020 13:26)

    Superbe et tentant
    Une decouverte

  • #2

    Henriette Schluchter-Saby (mardi, 28 juillet 2020)

    une belle passion